Mardi 26 août 2008

Il enfourcha son scooter, démarra et s’avança dans la rue. Dès qu’il accéléra il ressentit une bouffée de liberté s’insinuer en lui. Quand il roulait, il avait l’impression que des ailes lui poussaient et qu’il pouvait sans aucun problème s’envoler et tout faire. Ce sentiment était aujourd’hui légèrement atténué par le froid qui lui engourdissait les mains et lui cinglait la gorge. Il se rendit au centre ville, puis rue Louis Pasteur où habitait Elena. Elle l’attendait sur le pas de la porte, emmitouflée d’un épais manteau, portant des mitaines, une épaisse écharpe en laine et un chapeau noir qui lui allait à ravir. Elle tenait une écharpe et des gants à sa main qu’elle lui tendit.

 -Je sais que tu n’en as pas, j’ai essayé de prendre dans ma collection de vêtements quelque chose qui ne faisait pas trop fille.

Lionel prit dans ses mains l’écharpe et les gants qu’elle lui tendait puis demanda :

 -Comment as-tu su ?

 -Beaufort a précisé dans la lettre qu’il m’a envoyée, que tu viendrais me chercher en scooter. Il m’a aussi conseillée de mettre des couleurs discrètes, chaudes, mais dans lesquelles je puisse bouger sans difficultés si à un moment on doit se mettre à courir.

 -Je vois. Il m’a donné les mêmes instructions lors de ma première mission. On y va ?

 -Oui, désolé, j’oubliais le plus important : passer à l’acte.

Elle monta derrière lui, puis, mis ses mains autour de sa taille, ce qui déclencha à Lionel un frisson de plaisir.  Ils se mirent en route et arrivèrent rapidement devant la demeure du juge Jucisieux. La forme du bâtiment était la même que la maison de l’homme qu’il avait tué hier soir. Ils durent donc procéder de la même manière qu’avait agit Lionel la veille pour pénétrer dans la maison.

La petite rue dans laquelle ils se trouvaient était déserte et tous les volets étaient tirés. 

« Bizarre, se dit Lionel, normalement à cette heure là, il y en a encore beaucoup de personnes debout. A moins que ce ne soit un quartier habité seulement par des personnes âgées, je trouve ca très étrange. »

Il rangea l’information dans un coin de sa tête pour en revenir à leur mission qui occupait pour l’instant une importance capitale.

Il escalada le mur, aida Elena à le grimper, puis, se réfugièrent derrière un arbre du jardin, juste devant la terrasse. Comme prévu, leur victime arriva aux alentours de 23 heures. Il s’installa dans un fauteuil confortable, sur sa terrasse, et ouvrit le journal, qu’il n’avait sans doute pas eu le temps de lire quand il était à son cabinet. A coté de lui, il y avait une tasse de café, qu’il sirotait de temps à autre.

Lionel demanda dans un murmure à peine audible à Elena si elle voulait que soit elle ou lui qui le tue.

 -J’aimerai le faire, dit-elle tout simplement, d’une manière grave.

Elle  lui prit des mains l’arme des agents du F.B.I, celles qui ne font aucun bruit, des mains de Lionel, qui la regarda avec gravitée brandir l’arme vers le juge qui avait à nouveau levé sa tasse de café pour boire une gorgée. Il souriait. Il venait certainement de lire une nouvelle qui l’amusait. Tout à coup, Elena appuya sur la détente et tendit qu’une tache rouge, sanguinolente, venait de se former sur la chemise du juge, la tasse de café tombait et s’éclatait en mille morceaux sur le sol.

C’était fini. Ils repartirent comme ils étaient venus, en escaladant le mur qui les séparait de la rue. Dehors, la nuit les enveloppaient comme d’un manteau. Le ciel était sans étoile et la lune, quelque peu voilée par les nuages. Lionel tendit son casque à Elena et la fit grimper sur le scooter. Le bruit qu’il fit quand il démarra, semblait comme un cri dans le silence épais de la nuit. Ses phares trouèrent l’obscurité de la rue et à nouveau, remarqua la tranquillité presque anormale des lieus. Personne n’était accouru et n’avait ouvert sa fenêtre pour se plaindre du bruit causé par le moteur du scooter. Il commençait à être inquiet, et pour dissiper cette inquiétude, se dépêcha d’avancer et de tourner au coin de la rue. Il ramena Elena chez elle et après avoir convenu qu’ils se verraient  le lendemain, se saluèrent d’une bref accolade et se séparèrent.

*

Cette nuit fut plus longue et moins supportable que la veille. Il ne sut pas pourquoi mais cette fois-ci, il passa toute la nuit à penser à l’arme qu’il avait tendu à Elena et à se sentir coupable. «Coupable de quoi ?», s’était-il demandé. Peut-être enfin avait-il de la culpabilité à avoir tué. Ou alors c’était d’avoir enrôler Elena dans cette histoire qui le rendait coupable et en même temps responsable d’elle. Car il l’aimait, c’était indéniable, et il ne voulait pas risquer de la perdre or l’enrôler dans sa galère, ce n’était pas le meilleur moyen pour qu’elle est encore la vie devant elle. Et puis si il lui arrivait quelque chose, il ne voulait pas en être responsable, il s’en voudrait à mort toute sa vie durant.

Tout à coup il se reprit et se secoua la tête comme pour se débarrasser  de ses pensées amères. Il se rappela les paroles qu’Elena lui avait dises un jour et qu’il avait trouvé très juste sur sa personnalité : « Tu dramatises trop ! Relax ! Ce n’est même pas encore arrivé, tu t’inquiète pour rien ! Fais gaffe, tu vas devenir paranoïaque si tu continues ! Et puis mange ton éclair au chocolat sinon il finira dans ma bouche ». Elle avait parfaitement raison, à propos de son trait de personnalité à toujours s’inquiéter de tout et de rien, et à propos de l’éclair au chocolat qui avait fini dans son estomac. Mais n’y pouvait rien : il était définitivement, immanquablement, inexplicablement paranoïaque et dramatisait tout. Et ce n’était pas Elena qui allait le changer même si il l’aimait profondément. C’est sur ses pensées obscures qu’il s’endormit. Mais dans les nuages noirs de son sommeil, apparaissait parfois la petite lueur du grand soleil se trouvant derrière les énormes nuages gris. Et dans ces moments là, tout allait bien. Ses sombres cauchemars dans lesquels Elena se faisait décapiter puis qu’elle revenait à la vie pour se faire découpée férocement par une tronçonneuse que tenait Diggory s’estompaient pour être remplacés par Elena qui l’embrassait, le caressait, le tenait dans ses bras…Quelques fois il fit de rêves dont il était le héros et elle, la demoiselle en détresse. Il partait la sauver dans des donjons gardés par des dragons et des sorcières, normalement, personnages des livres qu’elle aime tant lire. Déguisé en Sherlock Homes, il arrivait le plus souvent en haut de la tour, après avoir vaincu tout ses geôliers, lui donnait un baiser pour la réveillée, puis la portait et l’emmenait sur son cheval blanc, elle, le regard éperdue d’amour et de reconnaissance, lui, éblouit par sa beauté et sa légèreté (dans la vrai vie, il ne pourrait pas la porter, il était, pour ainsi dire pas très costaud  comme garçon.). Puis il l’amenait dans son château, se mariaient et avaient beaucoup d’enfant. Ses rêves faisaient très roman de Wald Disney mais il ne s’en lassait pas.

 

Le lendemain de cette nuit de réflexions et de rêves tourmentés, il alla chercher Elena chez elle pour aller boire un verre et manger quelques pâtisseries au bistrot, dans le parc de la rue de République. Là, ils parlèrent de ce qui s’était passé la veille, de leurs impressions et de leurs sentiments. Ils en profitèrent aussi pour se prêter mutuellement les livres qu’ils s’étaient dits. Lionel regarda le livre dont la couverture l’incitait déjà à ne pas le lire. Il allait regarder de quoi parlait le livre sur internet pour ne pas froisser Elena quand elle lui posera des questions. Comme si elle avait lu dans ses pensées, elle lui dit :

 -Je sais que la couverture n’incite pas à la lecture mais tu as intérêt de le lire, et je te déconseille d’aller chercher le résumé sur internet si tu ne veux pas subir mon courroux.

Il leva la tête vers elle et vie qu’elle avait son pseudo regard sévère. Il lui sourit, elle lui sourit et ils éclatèrent de rire.

Pendant qu’il essuyait une larme au coin de son œil, il se mit à penser à l’extraordinaire pouvoir qu’avait Elena de lire en lui comme dans un livre ouvert. Cela était pratique parfois. Par exemple, en classe quand on les éloignait pour faire les devoirs surveillés, d’un simple signe de tête ou de main, ils savaient les réponses l’un de l’autre aussi facilement que s’ils avaient été côte à côte. Cela était parfois moins utile, par exemple, quand il avait un problème chez lui et qu’il ne voulait pas lui en parler, elle devinait immédiatement que quelque chose n’allait pas et le forçait à le faire parler. Elle y arrivait tant et si bien, que parfois s’en était agaçant.

Par vitalie
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